« Raconter son parcours de vie, c’est un peu comme essayer de faire rentrer un fauteuil roulant dans un ascenseur trop petit : il faut de la méthode, un brin d’humour, et parfois accepter de prendre l’escalier. »
Ryad Besseghir
Je me définis avant tout comme un homme cultivant des ambitieux. Né prématurément avec une paralysie cérébrale, mon parcours est marqué par une dépendance physique importante et une élocution singulière. Pourtant, je souligne avec force que si mon corps rencontre des obstacles, mon cerveau, lui, « tourne très vite ».
Ma vie est un témoignage de résilience physique : en 23 ans, j’ai subi 12 interventions chirurgicales lourdes. Ces épreuves, suivies de longues périodes de rééducation, auraient pu freiner mes ambitions, mais elles ont forgé mon caractère. Je refuse d'être perçu à travers le prisme de la pitié ; je cherche la compréhension et l'écoute plutôt que la compassion.
Le Socle Familial et l'Ouverture au Monde
J’ai grandi au sein d'une famille aimante et bienveillante, entouré de mes parents et de mes deux sœurs. Ce cocon familial a été le théâtre de nombreux moments de bonheur et de voyages qui ont marqué ma jeunesse. Malgré les barrières de compréhension, Je possède une aisance naturelle à engager la discussion avec les autres, une qualité qui m’a aidé à briser l'isolement.
Mon entourage, que je qualifie d'exigeant et de protecteur, est mon moteur. Mes sœurs, l’aînée en droit et la deuxième en médecine, sont pour moi des modèles de réussite, même si j’ai dû apprendre à gérer la frustration de ne pas pouvoir accéder moi-même aux études. Faute de cursus classique, je suis un autodidacte passionné, utilisant YouTube et les réseaux sociaux pour me former aux techniques de la communication digitale.

De l'Institution à l'Autodétermination
Mon parcours est indissociable des structures médico-sociales. Si elles ont été un « cocon » me permettant d'acquérir la parole et l'autonomie, elles ont aussi été un « carcan ». Le bruit reconnaissable du chariot de soins, la négociation des repas et cette sensation d'être parfois infantilisé par un système qui décide à la place de l'individu sont deux scènes récurrentes de la vie institutionnelle.
À 23 ans, j’ai été confronté à un décalage majeur entre ma maturité intellectuelle et la perception qu’en avait le milieu médico-social. J’ai ressenti une forme d’infantilisation, où la société et les structures continuaient de me percevoir comme une personne à « accompagner » perpétuellement, plutôt que comme un adulte capable de décider pour lui-même. Cette asymétrie s’est manifestée lors d’échanges administratifs où l’on m’a opposé un manque d’« autonomie fonctionnelle » pour freiner mes projets. Face à ces barèmes techniques, j’ai dû affirmer une vérité essentielle : ma fragilité physique n’annule en rien ma capacité à vouloir et à désirer
J’ai donc fait un choix radical pour mon intimité et ma liberté : quitter le milieu collectif pour un habitat inclusif. Je vis désormais dans mon propre studio autonome à Strasbourg, bénéficiant d'un service d'aide. Pour moi, ce passage à l'autonomie fonctionnelle est une victoire personnelle, prouvant que « la fragilité n’annule pas la capacité à vouloir ». Pour mes parents et surtout ma mère, c’était le saut dans le vide.
La Force Mentale face à l'Adversité
Le chemin vers l'indépendance n'a pas été sans embûches. J’ai traversé une période de dépression, déclenchée par une déception amoureuse où mon handicap a été utilisé comme une barrière, et par l'inadaptation d'un accueil de jour proposant des activités (peinture, bricolage) trop éloignées de mes capacités intellectuelles.
Je suis remonté à la surface grâce à une volonté farouche et à la fixation de nouveaux objectifs. Aujourd'hui, je suis créateur de contenu avec 50 000 abonnés sur TikTok. J’y vulgarise le handicap, expliquant par exemple la spasticité (contractions musculaires dues à des signaux erronés du cerveau) avec des mots simples pour changer le regard de la société.

Projets de Vie : Cinéma, Conseil et Engagement
Je vois mon avenir tourné vers l'action et la transmission :
- Le Cinéma : Passionné de théâtre, j’aspire à réaliser un film entre documentaire et comédie. Inspiré par l'esprit d'« Intouchables », je souhaite y dépeindre les réalités du quotidien — comme mon fauteuil de 130 kg face aux obstacles urbains avec une autodérision subtile.
- Le Pair-aidance : Je souhaite créer une association pour accompagner d'autres personnes en situation de handicap, notamment après des opérations lourdes. Le partage de son vécu permet à chacun de progresser au-delà de son histoire personnelle.
- L'Humour comme Arme : Pour moi, l'humour permet de « survivre aux protocoles » et de transformer les galères en anecdotes.

Un Message à la Société
Je me permets d’interpeller la société sur les défis du quotidien : les voitures et poubelles sur les trottoirs, les trottinettes imprévisibles et les transports en commun parfois inaccessibles. Je milite pour une technologie plus inclusive, notamment des IA capables de mieux reconnaître son élocution.
En conclusion, au-delà du témoignage, je souhaite être l'auteur de ma propre histoire. Je refuse les étiquettes caricaturales de « héros » ou de « victime » pour me montrer tel que je suis : un être humain complexe, créatif, qui se bat pour sa liberté et qui, parfois, célèbre sa victoire en faisant klaxonner son fauteuil en musique.

Written by: Ryad Besseghir
Instagram: https://www.instagram.com/rymob__/
Country: France